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Littérature


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2007 Journée- bonheur

Par Marc Rugani

 

Journée- bonheur

 

Non !

Non, je ne vous dirai rien de cette journée- bonheur que j’ai vécue aujourd’hui !

Pourquoi vous raconterais-je, dites-moi ? Pourquoi vous ferais-je plaisir, à quel titre, en quel honneur ?

Lecteur névrosé, voyeur, jouisseur impuissant !

 

Oh, ce matin, juste à l’aube, quand le soleil pointait son oeil rouge par dessus l’horizon, mon sexe s’est dressé comme une Tour Eiffel. Sans autorisation bien sûr, sans que je lui demande rien, de façon totalement autonome : « Je fais ce que je veux ! » m’a-t-il semblé dire, et il a fait ce qu’il a voulu ! Pour admirer l’astre du jour, le voir de haut, le mieux apercevoir sans doute- comme un spectateur enthousiaste pendant le Tour de France- et le saluer, lui dire bonjour : « Bonjour, Monsieur Soleil ». Je n’ai rien entendu bien sûr mais fort bien ressenti  au bas ventre sa vigueur matinale; sa bonne humeur s’est propagée et m’a fait répéter comme en écho : « Bonjour, Monsieur Soleil ». Ce soleil rouge magnifique méritait bien notre double salut! 

Mon bout de bois entre mes cuisses réclamait quelque chose- une douceur, un câlin ; il m’a tiré hors de ma nuit et de mes rêves et a sonné mon réveil le bougre !

Mon amie à mon côté dormait, son souffle à peine audible, sa frimousse émergeant tout juste du drap : cheveux ébouriffés noirs sur blanc, joues rosées et lèvres carmin, léger sourire sur un rêve passant, petit minois charmant que j’ai eu envie sur l’instant de croquer. Oh ! Quelle était belle sur le drap blanc ! Sous le tissu, sur sa peau douce et tiède, mon doigt puis ma main ont couru légèrement. Tendrement.

J’aime mon amie, ma belle aux draps dormant, elle partage ma vie, et tout est bien.

Ma caresse était emplie d’amour, seulement prémices du désir ; ma paume a effleuré le galbe de ses hanches, la rondeur des cuisses ; ses seins ont tressailli au contact de mes doigt. Mon amie a une peau fine très sensible.

Ses frissons l’ont un peu réveillée et je m’en suis voulu- un peu seulement- d’en avoir été sans doute la cause ; je me suis penché pour l’embrasser, effleurant ses lèvres tendres.

Alors, au sentir du baiser, elle m’a attiré près d’elle en m’enlaçant doucement. Ah, le collier de ses bras sur mon cou, ses lèvres sur mes lèvres ! Gestes d’amour si pur ! J’ai fondu comme beurre et neige au soleil, comme glace aux Tropiques !

Les rencontres amoureuses ne sont pas toujours réussies; souvent, c’est le rut brut, le coït animal, l’irritation des muqueuses et la tension des corps; l’acte achevé, le couple reste sur sa faim, il manquait trop d’âme et de tendresse au repas de l’amour.

Mais en ce beau matin- était-ce l’influence bénéfique de l’astre solaire en réponse à mon bonjour  de l’aube- rien ne manqua pour nous aimer autant qu’il est possible. Nos deux êtres vibrèrent à l’unisson, entrèrent en résonance, en totale harmonie comme sous la baguette d’un chef d’orchestre. Elle a ouvert ses bras, sa bouche, et tout son corps à mon amour, je lui ai donné mes bras, ma bouche et tout mon corps en retour. Nous nous sommes reçus et donnés, complètement. Corps, cœurs, âmes, nos deux êtres tout entier se sont liés jusqu’à ne former qu’un : unique et complet.

Ce fut un moment d’amour et de bonheur merveilleux.

 

J’ignore vraiment pourquoi je me confie ainsi; je n’ai nul besoin de confident, et surtout pas de vous ! Mes amours sont mes affaires, pas les vôtres ! Oui, ces pages vont aller au panier, pour que vous ne les lisiez point. Non, vous ne saurez rien ! Lecteur libidineux qui se caresse entre les cuisses en me lisant !

 

J’ai laissé mon amie s’endormir à nouveau. Elle semblait si bien sous le drap blanc, le nez pointant dessus, détendue, abandonnée au sommeil et au rêve. Vraiment, c’eut été criminel de lui demander autre chose.

Dors, ma douce !

J’ai pris mes clubs de golf, et suis parti à la rencontre des greens.

Les premières heures du jour sont les plus belles : le soleil- peintre fait flamboyer le ciel, l’air expire un parfum singulier, les oiseaux heureux chantent plus haut, on se sent fort, vigoureux, vainqueur ; un jour nouveau est là à découvrir, à saisir et conquérir.

J’ai tapé quelques balles au practice pour m’échauffer puis direction le trou n°1.

Par 3, fer 7, beau swing bien coulé : le tee gicle en cabrioles tandis que la balle s’élève haut dans le ciel…dessine sa courbe…

…. et tombe à 1 mètre du drapeau !

 

1 mètre ! Coup d’essai, coup de maître ! Oh, lecteur binoclard, presbyte astigmate qui déjà sucrez les fraises faute d’exercices, vous ignorez ce que le joueur ressent lorsque sa balle monte, monte, monte...., fait sa danse puis retombe sur le green à frôler le drapeau ! Instant magique ! Oh, ignorant pour qui seul le lire donne plaisir! Prenez donc l’air !

 

Une joie extraordinaire m’a submergé, comme si soudain j’étais le créateur d’une œuvre d’art, d’un chef d’œuvre, d’un acte parfait et pur.

Mon jeu n’est pas souvent si brillant ; la rareté fait le prix, et pour ce très bon coup la récompense était ce bonheur rare.

J’ai putté et réussi le birdie : banco ! Oh le doux chant de la balle se lovant amoureusement dans le trou pour valoir 1 sous le par !

 

Lecteur atrophié, vous allez me dire d’un ton hautain fort méprisant: « Oui, mais à quoi ça sert tout ça, toute cette agitation ? » Eh bien je vous réponds : « A rien ! Mais c’est bon ! »

 

Toute la partie s’est déroulée ainsi, comme dans un rêve : magnifique bois 3 au trou n°2, le plus beau drive de ma vie au trou n°3 ; et ainsi jusqu’au 9 où deux bunkers frontaux défendent le green; le passage est étroit, à peine assez pour une souris; j’ai été la petite souris…tip tip tip… sur mes quatre petites pattes… et pof ! La balle est allée là où je voulais la mettre, nouveau birdie.

Au total, 28, 4 sous le par !

 

Qu’en dites-vous, lecteur abhorré ? Vous restez muet ? Ca vous en bouche un coin? Tant mieux !

 

Oh, la joie tout au long du retour !

Devant la boutique de fleurs, je me suis arrêté pour choisir un bouquet; l’intérieur est toujours frais, empli de parfums, de couleurs, de formes multiples et étonnantes et c’est un vrai bonheur d’y être; la fleuriste en plus ressemble au magasin, belle et souriante, tant qu’il en faudrait peu que je ne l’aime aussi; mon amie a une passion pour les fleurs, alors je veux lui en offrir en quantité, des gerbes, des brassées, des paniers, des bourriches…. Elle ne m’accompagnait pas ce matin sur le golf, mais sa pensée ne m’a pas quitté un instant ; c’est elle sûrement qui m’a rendu talentueux.

A mon arrivée, mon amie oeuvrait dans la cuisine, préparant quelque chose : « C’est secret » me dit-elle, me poussant gentiment hors de son royaume.

Elle était bien pimpante dans son tablier rose qui l’enveloppait des pieds jusqu’au menton. Ma caresse a effleuré son corps, son cou de jeune biche et mon baiser a couru tendrement sur sa lèvre; le sien en retour était aussi doux que le mien.

Elle m’a demandé : « As-tu bien joué ? » « Es-tu content ? »; je lui ai dit « Oui » et ma joie est devenue la sienne.

Plongeant jusqu’en leur cœur sa narine frémissante a respiré le parfum délicat des fleurs sans se lasser; ses yeux ont brillé de bonheur, elle m’a envoyé son sourire.

Mon amie aime faire la cuisine ; par goût mais plus encore pour me faire plaisir : elle sait combien je suis gourmand, gourmet autant, et que les délices de la table comptent pour moi.

Alors je la laisse faire, non pas pour me débarrasser, fainéanter, éviter une corvée- préparer des petits plats me plaît aussi- mais pour la contenter tout simplement, car je l’aime.

Aussi, ne voulant ni ne pouvant l’aider, je me suis installé -comme coq en pâte- en compagnie d’une bière et je l’ai attendue.

Elle était heureuse devant ses fourneaux, alors je l’étais également.

J’ai jeté un œil distrait sur une revue, un deuxième plus distrait encore sur le petit écran, après avoir couper le son pour mieux jouir du silence, entendre le chant de la cocote et les doux bruits de ma fée des cuisines, mieux humer les fumets arrivant jusqu’à moi.

Le bonheur est souvent simple: un amour partagé, deux êtres qui s’aiment, cela suffit ! Le notre était de cette nature: nous nous aimions.

Elle a crié gentiment : « A table » ; alors, poussant des grognements d’animal affamé, je me suis précipité, faisant mine de lui arracher le plat qu’elle amenait, la mordillant partout ; elle a feint d’avoir peur et se défendre, a ri, moi aussi. Lui jouer la comédie la ravit, alors je ne l’en prive pas.

Tout a été parfait, mon amie est un vrai cordon bleu, vraiment !

 

Ah, ah ! Je sens que l’eau vous vient à la bouche, hein ? Vous salivez comme un malade ? Et bien, vous n’aurez rien, pas un croûton, une pelure, ni même un bout de couenne, rien ! Ceinture ! Vous ne me connaissez pas : quand je dis non- surtout à vous- c’est non !

 

Mon amie veut que mes papilles éruptionnent, s’enflamment, chantent la gloire de la cuisine, clament haut et fort leur plaisir ! Alors, elle y met tout son art et son amour et réussit.

Je l’ai félicitée et remerciée pour chaque bouchée par un baiser, à lui user ses lèvres douces ! Elle sait combien je me délecte, alors elle est heureuse.

C’est tout juste si nous avons pu parler de quelque chose ! A peine parler du beau soleil dehors qui avait cheminé depuis l’aube et de la promenade que nous allions faire ; à peine parler des oiseaux picorant la pelouse, des enfants jouant non loin ; des quelques nuages blancs ça et là, de l’avion tout là haut tirant sa traînée blanche, peut-être depuis les îles lointaines. La journée était belle, une journée douce de printemps, nous étions ensemble tous les deux, amoureux, et le moment était plein.

Mon amie aussi est gourmande, surtout des choses sucrées. Le sachant, j’ai sorti du buffet la bouteille de liqueur ; un petit verre ancien, puis quelques gouttes pour le remplir. J’ai vu ses yeux briller, les miens alors ont fait pareil.

 

Je m’étais promis de ne rien vous dire, et puis voilà : blablabla blablabla blablabla…Sans doute la chaleur de la table et des vins qui m’a rendu disert. Je le regrette et j’ai honte. Je ne sais pas tenir ma langue. Vous connaissant, vous devez ricaner et vous moquer : « Il est faible, il est faible, regardez comme il est faible! » Et vous ? Vous êtes- vous vu seulement ?

 

La promenade fut agréable. Nous n’avons pas d’enfant, pas de chien, pas de chat, ni d’oiseau, ni de poisson, mais nous aimons les enfants, les chiens, les chats, les oiseaux, les poissons. Et tous étaient là dans le parc, réunis comme pour un rendez-vous, à jouer sur la pelouse, à siffler dans les arbres ou voler dans les airs et nager doucement au fond de l’eau.

C’est une joie de traverser toute cette vie.

A la terrasse d’un café, une boisson fraîche nous a désaltérés: oh, ce moment agréable en compagnie de mon amie, dans la douceur de ce bel après midi de printemps !

Nous avons parlé de tout et de rien, goûtant l’animation du parc, puis sommes rentrés tranquillement, bras dessus bras dessous ou la main dans la main, un baiser à chaque pas.

L’envie l’a prise d’aller au cinéma ; alors j’ai eu la même envie. Quel était le programme, nous n’en savions rien, mais qu’importait.

Domestique stylé et attentionné, la voiture nous a conduits sans heurt.

La file d’attente avait deux places pour nous ; le film fut très drôle : mon amie a ri comme baleine, et ses yeux ont pleuré comme fontaine ; j’ai ri plus encore et mes yeux ont coulé comme ruisseau : que d’eau, que d’eau, tout mouillé tous les deux ! Comme ce fut bon de rire ainsi ensemble !

Le Mac Do voisin a accueilli notre appétit ; un Big Mac, c’est bon, deux c’est encore meilleur, un chacun nous a régalé- mon amie avait faim, moi pareil- le coca et la bière aussi. La bouche pleine, nous avons revu et commenté les images: une deuxième fois nous avons ri très fort.

Au retour, roulant doucement, le volant tenu du bout des doigts, ma belle et douce s’est blottie sur mon épaule. Le trajet aurait pu durer davantage tant nous étions bien ainsi tous les deux.

Sur le seuil de la porte je l’ai portée, comme au premier jour de notre amour. Ses bras m’ont enlacé, ses lèvres ont approché les miennes, notre baiser s’est prolongé longtemps, longtemps, longtemps….

Jusqu’au coucher.

« Je t’aime » je lui disais dans mon baiser.

« Je t’aime » elle me disait dans son baiser.

Le sommeil a clos nos yeux, mais tout au long de la nuit nos mains sont restées jointes et nos cœurs ont battu bien ensemble.

 

Journée-bonheur…journée- bonheur…journée- bonheur.

 

Eh bien voilà, c’est dit!

Je me suis raconté, allongé sur le divan, comme chez le psy !

Je me suis découvert, mis à nu, exhibitionniste je suis! Alors que je voulais rester muet, vous rien dire, garder mes amours pour moi!

Mais vous, voyeur, c’est pire ! 

Ah, le joli couple !

Je ne vous aime pas! Vous êtes trop le miroir où je vois ma faiblesse ! Adieu !

Mais aujourd’hui je ne m’aime pas non plus !

Non, je ne suis pas content de moi !

 

Journée- bonheur…journée- bonheur…journée- bonheur